Les voyages parallèles

L’exposition Les voyages parallèles, évoque toute la complexité du sentiment de porter avec soi un peu d’ailleurs, d’être d’ici mais pas uniquement. Les moyens de transport mis en image par les œuvres, symbolisent l’incarnation du déplacement, de la capacité à vivre entre deux terres, entre deux rives, entre deux gares… avec les oeuvres de Frank Badaire et Thomas Guyenet, Yto Barrada, Elsa Béchieau, Pierre Di Sciullo, Bruno Guiganti, Alain Fleischer, Edouard Sautai, Antonio Segui, Barthélémy Toguo

Avions, trains, voitures, bus, bateaux sont les instruments de nos déplacements quotidiens, véhicules inséparables de nos vies modernes conditionnées par un mouvement permanent. Ils donnent au temps une élasticité remarquable : il faut parfois des heures pour parcourir quelques kilomètres dans une ville embouteillée alors que cette même durée permettra d’atteindre des contrées lointaines à bord d’un avion de ligne.

Cependant, le choix du moyen de transport ne change rien au processus en jeu, on garde toujours en soi un peu de l’endroit quitté, de ses saveurs, de ses couleurs et de ses sons. Ce « pays » laissé derrière soi devient moins un territoire qu’un univers, une enfance, des souvenirs, des images, qu’ils soient proches ou lointains. Ce n’est pas tant la distance qui compte que le sentiment de déplacement d’un lieu à l’autre et les « bougés » qu’il induit.

Dans cet entre deux terres, entre deux rives ou deux gares, naissent des œuvres symptômes de cet écart, parfois immense, parfois infime. Dans chacune d’entre elles, le véhicule du déplacement est bien présent, tel un point d’entrée dans l’œuvre, à la fois condition et incarnation du voyage.

Dans la série Le Détroit, Yto Barrada s’intéresse à cet étroit bras de mer séparant l’Afrique de l’Europe. Prises dans les lieux de transit, ses photographies captent des détails qui contiennent toute l’étendue des espoirs et des souffrances latents. Elsa Béchieau, elle, choisit un autobus de banlieue comme lieu d’enregistrement du quotidien, le véhicule devient alors un éphémère studio photo. Dans la même acuité d’un regard porté sur l’environnement le plus proche, la photographie de Frank Badaire et Thomas Guyenet enregistre le terminal de la gare routière de Bagnolet, point nodal de voyages routiers locaux comme internationaux. La Table d’orientation, carte généalogique de Pierre Di Sciullo, rend elle lisible, sous une apparente neutralité graphique, les histoires individuelles, les cheminements de chacun des habitants d’une même cité de la région parisienne. Avec Les voyages parallèles, Alain Fleischer met en scène, par l’agencement d’objets et d’images, des petits théâtres du souvenir où les véhicules nous emportent dans un voyage temporel et intime. L’installation sonore Escales de Bruno Guiganti, telle une archive orale contemporaine, nous invite à entrer dans des histoires singulières et universelles de personnes confrontées aux questions de l’immigration. Le voyage de pièce détachée présente le trajet d’une maison mobile construite par l’artiste Édouard Sautai : une structure de bois, un temps adossée à un appartement de la Cité Pierre Sémard du Blanc-Mesnil lors de la biennale Art Grandeur Nature 2008. En 1985, Antonio Segui peint Casi un monumento, une toile de grand format où règne la suspicion incarnée par des hommes au profil fuyant coiffés de chapeau mou. Cette peinture s’inscrit dans une œuvre hantée par l’exil d’un homme installé à Paris depuis 1963. Barthélémy Toguo exprime dans ses dessins l’impossible synthèse entre deux mondes en faisant cohabiter sur la feuille de papier des représentations propres à l’art africain et des objets prélevés dans la culture occidentale. Travaillant également sur l’écartèlement entre deux pays, la vidéo Les bruits blancs de Michèle Waquant mixe le flux urbain du périphérique parisien et les mouvements des blocs de glace sur le fleuve Saint-Laurent au large de Montréal dans un continuum transatlantique.

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Vernissage

le mardi 26 mars à 18h30

Centre culturel Salvador Allende 93 330 Neuilly-sur-Marne

Informations au 01 43 00 88 88